L’ère du vide ~ La société Post Moderne en crise d’identité~Gilles Lipovetsky

L'ère du vide~Gilles Lipovetsky

 

 

L'ère du vide~Gilles Lipovetsky

Parce que le bien commun est supérieur au bien individuel et exige de chacun d’œuvrer pour le bien de la cité. La société humaine suppose un effort commun, une transmission, une entraide et se vit essentiellement en groupe. Les religions, spiritualités et philosophies  partagent cette sagesse. Amélioration du bien-être individuel et amélioration de la société vont de pair. Le bonheur individuel s’inscrit dans un projet plus large d’un bonheur collectif. Le lien entre bonheur individuel et bien commun est imprégné des grands idéaux collectifs de liberté, d’égalité et de fraternité. Les 18 éme et 19 éme siècles ont été portés par une formidable croyance dans le progrès des sociétés humaines. Elle s’est instituée en rupture avec les hiérarchies de sang. L’émancipation de l’individu et sa poursuite du bonheur, étaient de mener sa vie  comme un projet- le projet de participer à la construction d’un monde meilleur. La nouvelle société était conquérante et croyante, croyante dans l’avenir dans la science et la technique. Gilles Lipovetsky dans son livre l’ère du vide nous explique que  la société post- moderne est inédite dans son histoire.En rupture totale avec l’ancien système, elle n’a plus de projet mobilisateur pour les individus qui la compose. Nous allons essayer de comprendre pourquoi le modernisme est l’ennemi de l’homme nouveau.

Le modernisme, cet ennemi abstrait de la société

l-ere-du-vide-gilles-lipovetskyTant que le capitalisme s’est développé sous l’égide de l’éthique protestante, l’ordre économique et la culture formaient un ensemble cohérent favorable à l’accumulation du capital, du progrès et  à l’ordre social. C’est avec l’apparition de la consommation de masse aux USA, dans les années 20 avec la diffusion à une large échelle d’objets avec la publicité, la mode, les media de masse et surtout le crédit à la consommation le plus grand destructeur de l’éthique protestante (au paravent il fallait d’abord économiser pour acheter) que la morale puritaine cède le pas à des valeurs hédonistes encourageant à dépenser, à jouir de la vie, à céder à ses pulsions. Sous l’effet de la consommation de masse, une culture centrée sur l’accomplissement du Moi et la jouissance  va devenir le comportement général dans la vie courante, là réside la grande révolution culturelle des sociétés moderne.  A mesure que l’hédonisme s’est imposé comme valeur ultime du capitalisme, celui-ci a perdu son caractère qui édicte les credo et les règles qui fournissaient un système de motivation et de sens dont toute société a besoin pour sa vitalité. Le capitalisme est déchiré par une crise culturelle profonde qu’on peut résumer par un mot, le modernisme reposant sur la négation de la tradition, sur le culte de la nouveauté et du changement.

Le modernisme  vecteur de l’individualisme

l-ere-du-videLe modernisme veut rompre avec la continuité qui nous lie au passé. Dans sa rage de détruire la tradition et d’innover radicalement, le modernise est une face du vaste processus séculaire conduisant à l’avènement des sociétés démocratiques fondées sur la souveraineté de l’individu. Elle a pour centre le  « moi », la culture de l’individu libre dont l’idéal est de créer sans Maitre. Constitution d’une société sans fondement divin et libéré de l’emprise de la tradition. Le modernisme  avec son caractère subversif promet une culture individualiste avec la recherche non plus du bien être mais la recherche de la qualité de vie à travers les jouissances matérielles. Privilégiés « les penchants les plus bas plutôt que les plus nobles ». Libérer de la culpabilité morale, l’individu moderne est cependant enclin à l’angoisse et l’anxiété, au stress et à la déprime (explosions des syndromes psychopathologique) mais aussi la montée du suicide. Le sentiment exacerbé de l’importance de soi n’engendre en réalité que tourment. La société moderne est vouée à s’inventer selon la raison humaine non selon l’héritage du passé. Livré désormais à la vitesse de la mode, aux changements des lois, course à la réussite sociale… . Le modernisme interdit le stationnement, contraint à l’invention perpétuelle et à la fuite en avant. Le neuf bascule aussitôt dans l’ancien. Vivre avec le maximum d’intensité «  dérèglement de tous les sens ». Seule demeure la quête de l’ego et de son intérêt propre avec l’extase de la libération « personnel », investissement de la sphère privé (santé, situation matérielle, obsession du corps, vacances…). Cette apathie est la conséquence de la démobilisation du bien commun.

Le modernisme se devait de rendre les hommes également indifférents

Le modernisme trouve dans l’indifférence une condition idéale à son expérimentation. L’homme ne s’accroche à rien, n’a pas de certitude absolue, s’attend à tout et ses opinions sont susceptibles de modifications rapides. Plus la ville développe les possibilités de rencontres, plus les individus se sentent seuls ; plus les relations deviennent libres, et émancipées des anciennes contraintes, plus la possibilité de connaitre une relation intense se fait rare. Partout on retrouve la solitude, le vide, la difficulté à sentir. Traversant seul le désert, se portant lui-même sans aucun appui transcendant, l’homme d’aujourd’hui se caractérise par sa vulnérabilité. Un malaise diffus et envahissant, un sentiment de vide intérieur et d’absurdité de la vie, une incapacité à sentir les choses et les êtres. Plus personne ne défend l’ordre et la tradition.  La désertion sociale des valeurs et des institutions a entrainé une démocratisation sans précédent du mal de vivre. Dans un système organisé selon le principe du « moi » les idéaux et valeurs publiques ne peuvent que décliner. L’hédonisme a pour effet inéluctable, l’égocentrisme et l’indifférence au bien commun. En valorisant la recherche matérielle, le plaisir et la stimulation des sens deviennent valeurs dominante de la vie courante. L’ère de la consommation engendre une désocialisation donne naissance à une  culture de non sens, du cri, du bruit c’est désormais le vide qui nous régit.

 

Le modernisme institue un détachement avec le passé, souverain maitre de lui même ; désormais la société est vouée à s’inventer selon la raison humaine non selon l’héritage du passé, non soumis a des règles extérieures, qu’elles soient religieuses, sociales ou naturelles. Plus la société s humanise , plus s’ étend le sentiment d’anonymat ; plus il y a de l’ indulgence et de tolérance, plus le manque de confiance en soi s’ accroit ; plus on vit vieux ; plus on a peur de vieillir ; moins on travail, moins on veut travailler ; plus les mœurs se libéralisent, plus le sentiment de vide gagne ; plus la communication et le dialogue s institutionnalisent, plus les individus se sentent seuls, en mal de contact ;plus le bien être croit, plus la dépression l emporte. L idéologie consumérisme déshumanise et engendre une désocialisation qui  a pour effet inéluctable l’indifférence au bien commun sape le civisme,  mine le courage et la volonté.  La société moderne en valorisant la seule recherche de l’accomplissement de soi est à l’ origine d’une crise spirituelle n’offre ni valeur supérieur ni raison d’espérer.

 

 

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